Répondre aux défis climatiques urbains avec les eaux pluviales
Depuis plusieurs années, la gestion intégrée des eaux pluviales (GIEP) s’impose comme une alternative durable aux systèmes traditionnels d’évacuation. Mais aujourd’hui, avec l’intensification des épisodes de sécheresse, des pluies diluviennes et des canicules, son adoption prend une dimension encore plus cruciale. En favorisant l’infiltration, et la valorisation de l’eau de pluie à la source, la GIEP répond directement aux défis posés par le dérèglement climatique pour les collectivités : réduction des risques d’inondation, recharge des nappes phréatiques, création d’îlots de fraîcheur et préservation de la biodiversité. Une approche à la fois écologique, économique et résiliente, pour des villes et des territoires mieux protégés face aux bouleversements environnementaux.
Avec l’imperméabilisation croissante des villes, les eaux de pluie ne s’infiltrent plus là où elles tombent. Elles sont captées, souvent avec les eaux usées, et se chargent des pollutions des surfaces urbaines. En temps de pluie, le fonctionnement des réseaux d’assainissement et des stations d’épuration sont perturbés par les variations brutales de débits. Des pollutions se déversent dans le milieu naturel.
La GIEP, une approche durable
Olivet, aménagement Giep
© aelb, Une image à part
Ne plus évacuer les eaux de pluie par des réseaux mais les valoriser dans l’aménagement des villes : jardins de pluie, plans d’eau, toitures végétalisées « stockantes », chaussées perméables… C'est ce qu'on appelle la gestion intégrée des eaux pluviales.
Le principe est de modifier le moins possible le cycle de l’eau en infiltrant l’eau au plus près de son point de chute. Il s'agit de limiter l'imperméabilisation et le transport de l'eau. Pour les surfaces imperméables, plusieurs techniques peuvent être utilisées pour gérer l'eau au plus près et sans tuyau : création d'espace de stockage temporaire en pleine terre en cas de fortes pluies : noues, espaces verts creux... Des toits végétalisés permettent aussi de valoriser l'eau là où elle tombe.
Quels bénéfices pour les villes et les villages ?
La GIEP répond aux enjeux actuels de gestion de l’eau en ville tout en améliorant la qualité de vie et la résilience des territoires.
- Rafraichissement de la ville et amélioration de la santé, la biodiversité, le stockage du carbone
- Limitation de la pollution des cours d’eau par le déversement des réseaux unitaires
- Limitation des pollutions des cours d’eau par les rejets séparatifs pluviaux (bactériologique et micro polluants)
- Limitation des inondations
- Réalimentation des nappes et donc limitation des étiages
Vincent Nalin, chargé de mission Eaux pluviales à l'agence de l'eau :
Vincent Nalin
© agence de l'eau Loire-Bretagne
« La GIEP est une des priorités de l’agence de l’eau Loire-Bretagne, tant les bénéfices sont nombreux. Nous apportons une aide de 50 % aux études et travaux qui concourent à valoriser les eaux pluviales dans les aménagements. En 2026, du fait de très nombreuses sollicitations l’agence réserve cette aide aux aménagements ou l’eau de pluie est dirigée majoritairement vers des espace verts creux. C’est la solution la moins couteuse et en même temps la plus vertueuse et durable. La réduction des déversements par temps de pluie sur les réseaux par des techniques classiques (bassins de stockage restitution) coute plus cher tant en investissements qu’en exploitation et sans les écobénéfices pour la qualité de vie. »
Grand Poitiers communauté urbaine témoigne
Bassins de gestion des eaux pluviales végétalisés, déconnexion des eaux pluviales, plantations et végétalisation stratégiques, la gestion des eaux pluviales constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour la Communauté urbaine de Grand Poitiers.
Christophe Chapron
© Grand Poitiers communauté urbaine
Christophe Chapron, Responsable du Pôle Etudes-Travaux-Patrimoine à la Direction Eau-Assainissement de Grand Poitiers Communauté Urbaine nous donne la vision de la collectivité sur le sujet :
« La communauté urbaine de Grand Poitiers regroupe 40 communes, et j’interviens à ce titre sur l’ensemble de ce territoire. Depuis 2023, nous avons engagé 80 sites de travaux dédiés à la mise en œuvre de la gestion intégrée des eaux pluviales sur l’ensemble du territoire. Cela représente un investissement global de 3,5 millions d’euros, dont 2,7 millions financés par l’agence de l’eau Loire-Bretagne et le Fonds vert.
Commune de Bignoux
© Grand Poitiers communauté urbaine
Parmi les projets les plus emblématiques, on peut notamment citer la commune de Bignoux, qui constitue aujourd’hui un véritable site vitrine. On y retrouve un large panel d’aménagements en matière de gestion des eaux pluviales : dépression recueillant les eaux pluviales, stationnements perméables, noues, parkings avec structure réservoir, arbres de pluie.
Le principe de cette dernière technique, c’est d’aménager une fosse d’arbre qui jouxte un massif de cailloux qui permet de recueillir l’eau, de la stocker temporairement, puis de la laisser s’infiltrer lentement dans le sol afin de contribuer à l’arrosage de l’arbre. Des jardins de pluie sont aussi des aménagements spécifiques qui dirigent les eaux vers des zones d’infiltration dédiées. Ces aménagements permettent à la fois de gérer les volumes d’eau — par stockage, infiltration et évapotranspiration — et d’améliorer le cadre de vie, en créant des espaces végétalisés et agréables qui procure des zones d’ombrage pour lutter contre les ilots de chaleur.
Je pense aussi à la rue Verlaine à Poitiers, une des premières opérations où nous avons combiné végétalisation et infiltration des eaux pluviales avec le début du travail de coopération avec la Direction Nature Biodiversité qui a déployé le plan Canopée de Grand Poitiers.
Rue Léon Jouaux à Poitiers
© Grand Poitiers communauté urbaine
Nous avons également mené des opérations comme la végétalisation du parking de Léon Jouhaux, où nous allons au-delà de la problématique eaux pluviales. Il s’agit aussi de repenser l’espace public, par exemple en végétalisant des zones très minérales comme les quais de bus, tout en déconnectant les eaux de ruissellement.
Nous travaillons tous les jours avec nos collègues en charge du plan Canopée et chaque plantation d’arbre s’accompagne systématiquement d’un dispositif de gestion des eaux pluviales.
Arbre de pluie, aménagement sur Poitiers
© Grand Poitiers communauté urbaine
L’idée, aujourd’hui, c’est vraiment de saisir toutes les opportunités d’aménagements pour intégrer la gestion des eaux pluviales. Au-delà des techniques, nous portons une vision plus globale et systémique : croiser cette approche avec les autres politiques d’aménagement.
Ces solutions apportent des bénéfices multiples. Elles contribuent à limiter les phénomènes de ruissellement et d’inondation, mais aussi à créer de l’ombrage, à rafraîchir la ville et à atténuer les effets du changement climatique. C’est un levier concret pour renforcer la résilience de notre territoire. »
Infiltrer plutôt que rejeter : suivre l’exemple de collectivités
La gestion des eaux pluviales constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour les services l’assainissement des collectivités. Passer de réseaux d’assainissement traditionnels à une infiltration à la source nécessite une évolution de pratique et une vision globale de l’eau dans l’aménagement urbain. Ici et là, communes et collectivités se mettent en marche :
Brest (29), la métropole infiltre les eaux pluviales
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Espace verts et massifs draînants dans une cours d'école à Brest
© Uneimageapart.com
Face à un réseau d'eaux pluviales saturé lors de grandes pluies, Brest Métropole teste la solution de l'infiltration des eaux pluviales directement dans le sol, là où elle tombe. 12 sites du territoire sont concernés : espaces verts, culture, voirie, cours d’école.
Brest métropole - Élaboration et mise en œuvre de la déconnexion des eaux pluviales
Vidéo - Brest métropole - Élaboration et mise en œuvre de la déconnexion des eaux pluviales
Transcription textuelle de la vidéo
novembre 2023
© Une Image à part - Agence de l'eau Loire-Bretagne
Le tramway de Brest : quand mobilité durable rime avec ville perméable
Brest métropole a profité de l’extension du tramway pour déployer une stratégie de désimperméabilisation
© D.Lehoux
À Brest, l’extension du tramway a transformé l’espace public en vitrine de la gestion intégrée des eaux pluviales, cofinancée par l’agence de l’eau Loire-Bretagne. Dans une métropole encore largement équipée d’un réseau unitaire, chaque pluie intense risque de saturer les stations d’épuration et de polluer la rade. Brest métropole a profité de l’extension du tramway pour déployer une stratégie exemplaire de désimperméabilisation. Noues, stationnements perméables et plateforme végétalisée déconnectent 34 000 m² du réseau, réduisant les risques de saturation et les rejets vers la rade. Cofinancé par l’agence de l'eau, ce projet améliore la qualité de l’eau, renforce la résilience urbaine et illustre une manière plus durable d’aménager la ville.
Lancieux (22) : l’eau au cœur de la renaturation d’une cour d’école
Travaux d'aménagements GIEP en cours de végétalisation
© DR
Située à 20 kilomètres au nord de Dinan, dans les Côtes d’Armor, Lancieux est une commune littorale de 1 650 habitants. Jusqu’en 2023, la cour de son école élémentaire était entièrement imperméabilisée. Dès 2022, en concertation avec la municipalité, l’équipe pédagogique, les parents d’élèves et les enfants ont contribué à repenser les usages de cet espace sous-utilisé. En parallèle, des échanges avec l’agence de l’eau ont convaincu les élus d’aller plus loin et d’avoir une réflexion globale intégrant la gestion des eaux pluviales. Le projet de renaturation de la cour intègre alors : la récupération des eaux de toiture, la création d’une noue et de rigoles pour infiltrer les eaux pluviales, le remplacement du bitume par une zone de copeaux, l’installation de pergolas pour créer des zones d’ombrage. Depuis la fin des travaux, la nouvelle cour fait l’unanimité auprès des 100 élèves, des équipes pédagogiques et des élus. Ce projet exemplaire d’éducation à l’environnement s’est concrétisé par un changement de comportement radical des élèves. Ils ont totalement investi ce nouvel espace, dont la noue, avec des jeux tournés vers la nature. Les élus ont souligné la réussite de ce projet collaboratif avec l’amélioration du cadre scolaire dans une démarche d’adaptation au changement climatique.
Montrevault-sur-Èvre (49) : Déconnexion des eaux pluviales des chaussées, habitations et bâtiments communaux
Déconnexion des eaux pluviales des chaussées, habitations et bâtiments communaux
Vidéo - Déconnexion des eaux pluviales des chaussées, habitations et bâtiments communaux
Déconnexion des eaux pluviales à Montrevault-sur-Èvre (49)
Description longue de la vidéo
mai 2022
© Une image à part - Agence de l'eau Loire-Bretagne
La Rochelle (17) : Quand les cours d’écoles protègent les cours d’eau
Et si l'on pouvait, à la fois lutter contre la pollution, freiner les inondations, recharger les nappes et agir pour la biodiversité ? C'est ce challenge que relèvent l'Agglomération de La Rochelle, l’ONG « Bleu Versant » et l'agence de l'eau Loire-Bretagne, en transformant les cours bitumées des écoles en sol absorbant propice à accueillir les eaux de pluie.
La Rochelle, rendre l'eau à la ville : écouter le podcast des agences de l'eau
À La Rochelle, on dit adieu aux sols imperméables et on redonne de la place à l’eau en ville. En luttant contre l’artificialisation des rues, des écoles et des parcs, en créant des espaces végétalisés et en favorisant l'infiltration de l’eau, la ville s’adapte aux effets du changement climatique pour minimiser les risques d’inondations et redéfinir la gestion des eaux pluviales. Samia nous emmène découvrir une école primaire à Dompierre-sur-mer qui réinvente son rapport à l’eau et à la nature en impliquant les enfants dans le réaménagement de leur cour d’école.
Sous le bitume, l'Océan - Alstom - La Rochelle
Sous le bitume, l'Océan - Alstom - La Rochelle
Vidéo - Sous le bitume, l'Océan - Alstom - La Rochelle
Sous le bitume, l'Océan - Alstom - La Rochelle
© ONG Bleu Versant
Gestion intégrée des eaux pluviales : halte aux idées reçues sur les moustiques
Contrairement à une idée reçue tenace, les aménagements de gestion intégrée des eaux pluviales ne transforment pas la ville en réserve à moustiques. Bien conçus, ils favorisent l’infiltration rapide de l’eau et évitent les stagnations prolongées, que ces insectes apprécient tant. En réalité, les réseaux d’eaux pluvial, comme par exemple, les décanteurs en pied de gouttière avec de l’eau stagnante, leur offre souvent bien plus de confort qu’un jardin de pluie. Comme quoi, les moustiques aussi ont leurs préférences… et elles ne vont pas toujours là où on les imagine !
Plus d'informations sur le site du Graie : http://www.graie.org
