De l'élevage aux rivières : quatre solutions pour concilier l'élevage, eau et avenir des territoires en Bretagne

À l’occasion du SPACE 2026, l’agence de l’eau Loire-Bretagne va à la rencontre des acteurs de l’élevage, des filières agricoles et des collectivités pour échanger sur les solutions concrètes permettant de préserver l’eau tout en confortant l’activité agricole. Dans le bassin Loire-Bretagne, l’agriculture et l’élevage sont essentiels à l’économie des territoires. L’agence de l’eau accompagne les exploitants dans l’évolution de leurs pratiques, en créant des débouchés pour les productions favorables à l’eau et en réduisant les pressions sur les ressources. Les quatre initiatives présentées montrent qu’il est possible de faire converger économie agricole, qualité de l’eau, biodiversité et adaptation au changement climatique.

À Saint-Malo et Dol-de-Bretagne, des agriculteurs rémunérés pour protéger les ressources en eau (Ille-et-Vilaine, 35)

L’eau potable du pays de Saint-Malo repose sur un système particulièrement stratégique : quatre retenues et trois usines de production assurent près de 8 millions de m³ d’eau potable par an. 42 communes et environ 160 000 habitants sont desservis, avec en complément 1 million de m³ importé depuis l’Arguenon.

Dans ce territoire, les captages de Beaufort et de Landal sont prioritaires du fait de pollutions par les pesticides. Depuis 2018, Eau du Pays de Saint-Malo, le Syndicat des bassins côtiers de la région de Dol-de-Bretagne, le Département d’Ille-et-Vilaine et l’agence de l’eau Loire-Bretagne déploient un programme d’actions agricoles et non agricoles, représentant environ 360 000 € par an.

Le dispositif de paiements pour services environnementaux (PSE) de Beaufort constitue l’un des leviers les plus concrets de cette stratégie. Il a été élaboré avec les agriculteurs après une phase de concertation de terrain. Il rémunère des engagements favorables à la ressource : réduction du recours aux herbicides, désherbage mécanique, maintien ou remise en herbe de parcelles à risque, création de bandes enherbées le long des fossés et allongement des rotations culturales.

Le PSE rémunère des pratiques agricoles qui réduisent les risques pour la ressource : moins d’herbicides, davantage de désherbage mécanique, maintien des prairies et protection des fossés. Il permet de financer des changements de pratiques qui bénéficient directement aux captages de Beaufort et de Landal. 

A travers les PSE, la protection d’un captage peut devenir un projet économique territorial partagé, dans lequel les pratiques favorables à l’eau sont reconnues et accompagnées.

Chiffres clés

  • 36 exploitations engagées entre 2022 et 2026, soit 45% des exploitations éligibles
  • Ces exploitations représentent 70 % de la surface agricole utile concernée par le dispositif.
  • Près de 1 million d’euro d’aides sur cinq ans pour accompagner ces engagements.
  • 580 hectares maintenus ou remis en herbe en 2022, soit 31% de la SAU du périmètre
  • 14,6 km de bandes enherbées mises en place le long des fossés, protégeant 13% de leur linéaire.
  • 230 hectares de maïs ont fait l’objet d’au moins un passage de désherbage mécanique en 2022, dont 11 hectares en tout mécanique.

Faire de la haie une ressource (Côtes-d’Armor - 22)

Le bocage joue un rôle important dans le fonctionnement des territoires agricoles : il ralentit les écoulements, limite l’érosion, favorise l’infiltration de l’eau, participe au stockage de carbone, offre des habitats à la biodiversité et constitue une source de biomasse. Avec son programme Bois Bocage, la COOPERL (« coopérative agricole et agroalimentaire du grand ouest organisée en filière ») propose aux éleveurs dans les Côtes-d’Armor (22) une démarche de gestion durable des haies. L’approche entend faire de la haie un élément à la fois utile à l’exploitation et valorisable économiquement, plutôt qu’une contrainte à entretenir.

La COOPERL propose aux éleveurs un accompagnement complet : diagnostic, plan de gestion des haies, plantation, organisation des chantiers de coupe et recherche de débouchés pour le bois. L’objectif est de faciliter la gestion du bocage tout en assurant une rémunération aux exploitants.

La dynamique vise à terme 400 exploitations accompagnées à l’horizon 2035, selon la trajectoire présentée par la coopérative. La valorisation énergétique locale peut également sécuriser un débouché pour le bois issu d’une gestion durable, avec une capacité annoncée de 20 tonnes par semaine, soit environ 1 000 tonnes par an pour la chaudière biomasse existante de la COOPERL qui sert à alimenter son principal abattoir situé à Lamballe.

Le programme montre qu’une haie peut être à la fois un outil de protection des sols et de l’eau, une réserve de biodiversité et une ressource économique lorsqu’elle est entretenue et valorisée durablement.

Chiffres clés

  • 100 exploitations déjà mobilisées dans la démarche.
  • 80 plans de gestion durable des haies réalisés ou engagés, sur la base d’un modèle national.
  • 5 km de haies plantés en 2025, avec un objectif de 10 km supplémentaires en 2026.
  • 10 chantiers de coupe réalisés en 2025, représentant environ 1 500 tonnes de bois récolté
  • 20 projets de coupe sont identifiés pour 2026, pour environ 2 500 tonnes.
  • Deux dossiers collectifs de « crédits carbone » ont été labellisés, réunissant 19 exploitations et représentant 2 670 tonnes équivalent CO₂.
  • La chaudière biomasse COOPERL représente une puissance de 14,5 MW et un objectif de réduction évalué à 23 000 tonnes équivalent CO₂ par an par rapport à une solution au gaz.

Baie du Douron : lutter contre les algues vertes en accompagnant la transition agricole

Depuis les années 1970, la Bretagne est confrontée au phénomène des marées vertes : des échouages massifs d’ulves liés à l’eutrophisation du littoral par les nutriments. Le Plan de lutte contre la prolifération des algues vertes (PLAV), lancé par l’État en 2010, concerne huit baies bretonnes, dont le Douron.

Sur le territoire de la baie du Douron, les collectivités ont engagé des actions dès 2002, puis à travers les trois phases successives du Plan algues vertes. La nouvelle phase 2026-2028 s’inscrit dans cette continuité, avec un objectif clair : réduire durablement les fuites d’azote d’origine agricole, tout en assurant la viabilité des exploitations et le maintien des systèmes d’élevage herbagers.
L’accord de territoire est porté par le service public de l’eau An Dour, avec l’agence de l’eau Loire-Bretagne, la Région Bretagne et l’État. Il couvre le bassin versant du Douron, soit environ 110 km² et huit communes, à l’interface entre Morlaix Communauté et Lannion-Trégor Communauté.

Le dispositif « Boucle vertueuse », construit avec les agriculteurs, constitue le cœur de l’accompagnement. Il associe diagnostic annuel, conseils individualisés, prestations agro-environnementales et actions collectives sur la fertilisation, la couverture des sols, le pâturage et l’azote alimentaire.

Les concentrations en nitrates ont diminué depuis le lancement des premiers plans d’action, mais la baisse marque aujourd’hui le pas. En 2025, les surfaces d’algues échouées étaient estimées à 45 hectares. La poursuite des actions reste donc nécessaire.

C’est pourquoi l’accord 2026-2028 maintient une stratégie de long terme : soutien à l’élevage de ruminants et aux prairies, optimisation de la fertilisation, réduction des transferts de nitrates, développement du bocage, accompagnement foncier, actions collectives et développement de filières locales.

La lutte contre les algues vertes ne se limite pas au ramassage sur les plages. Elle commence dans les exploitations et les bassins versants, par des actions de long terme sur les pratiques, les prairies, le bocage, le foncier et les filières.

  • 106 exploitations participaient au dispositif sur le bassin du Douron en 2025, couvrant 4 735 hectares, soit 78% de la SAU du bassin.
  • À l’échelle Douron–Lieue de Grève, la stratégie 2026-2028 prévoit de mobiliser 201 exploitations, représentant 85% de la SAU concernée.
  • Les mesures agro-environnementales et climatiques engagées entre 2023 et 2025 couvrent environ 1 028 hectares, soit 20% de la SAU du Douron ; elles s’ajoutent à 124 hectares de zones humides et 24 km de haies engagés dans des mesures biodiversité et bocage.
  • En moyenne, les exploitations engagées dans la Boucle vertueuse bénéficient d’environ 2 831€ de chèques pour financer des prestations agro-environnementales, dans une limite de 8 000 €.

À Guern, un maraîcher bio remplace une partie de ses prélèvements par l’eau des toitures (Morbihan, 56)

Dans le Morbihan, à Guern, Jean-François Le Néal conduit l’exploitation individuelle KerVida, une ferme maraîchère et fruitière en agriculture biologique créée en 2022. Le projet soutenu par l’agence de l’eau vise à sécuriser l’irrigation des cultures de plein champ et sous abri tout en réduisant les prélèvements en eau souterraine durant les périodes les plus sensibles.

Le dispositif repose sur un bassin de récupération d’eaux pluviales d’environ 700 m³, alimenté par les toitures de la serre bi-tunnel et de plusieurs bâtiments de l’exploitation. L’eau stockée est destinée à l’irrigation des cultures maraîchères, en substitution de l’eau qui aurait autrement été prélevée par forage.

Avant le projet, seule une partie de la serre bi-tunnel était équipée pour collecter l’eau de pluie, soit une surface de récupération de 467 m². Avec les gouttières, les canalisations et la réserve, la surface collectée atteint 1 604 m², avec un potentiel ultérieur pouvant aller jusqu’à 2 904 m² si de nouveaux tunnels sont intégrés au dispositif.

Le projet associe terrassement, étanchéité par géomembrane, drainage, installation de gouttières et canalisations, cuve enterrée, système de pompage et filtration. L’eau est stockée pendant les périodes pluvieuses pour être utilisée lors de l’irrigation.

Le projet permet ainsi de limiter les prélèvements par forage pendant l’été et les périodes d’étiage.
Cette opération s’inscrit dans une démarche plus large de l’agence en faveur de la récupération d’eau de pluie et des économies d’eau en agriculture. Les appels à projets lancés en 2020 et 2022 ont accompagné, entre autres, 14 projets de maraîchage, correspondant à 33 682 m³ d’eau économisée ou substituée, ainsi que 30 projets d’élevage pour 51 392 m³. Le précédent appel à projets dédié aux cultures végétales hors-sol avait déjà permis d’accompagner 29 exploitations bretonnes, pour 1,3 M€ d’aides et 540 000 m³ d’eau économisée ou substituée.

À Guern, le projet illustre une réponse très concrète aux tensions estivales : capter l’eau sur les toitures, la stocker sur l’exploitation et réduire les prélèvements dans la ressource souterraine au moment où elle est la plus sollicitée

  • 700 m³ : capacité visée pour le bassin de stockage des eaux de pluie.
  • 1 250 m³ par an : volume de prélèvements par forage susceptible d’être substitué en période d’étiage, selon le projet présenté à l’Agence.
  • 1 604 m² : surface de toitures collectées après travaux (contre 467 m² avant projet).
  • Le potentiel pluviométrique calculé pour la période de six mois atteint près de 693 m³ après travaux, pour une pluviométrie annuelle de référence de 864 mm en centre Bretagne.

L’Agence de l’eau Loire-Bretagne au SPACE

Pendant les trois jours du salon, les équipes de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne seront présentes pour échanger avec les éleveurs, les agriculteurs, les coopératives, les collectivités et les organismes d’accompagnement.
Les sujets abordés seront notamment :

  • la gestion durable de la ressource en eau ;
  • l’adaptation des exploitations au changement climatique ;
  • la réduction des pollutions diffuses ;
  • les économies d’eau et la récupération des eaux pluviales ;
  • le maintien des prairies et du bocage ;
  • les aides de l’Agence pour soutenir les pratiques et projets favorables à l’eau.

A propos de l'agence de l'eau Loire-Bretagne

Au cœur des missions qui lui sont confiées par le ministère de la Transition écologique, l’agence de l’eau Loire-Bretagne agit pour une gestion durable des ressources en eau et des milieux aquatiques en mettant en mouvement les territoires grâce à des financement incitatifs et son expertise.
Des sources de la Loire et de l’Allier jusqu’à la pointe du Finistère, le bassin Loire-Bretagne représente 155 000 km², soit 28 % du territoire métropolitain. Il intéresse 336 communautés de communes, près de 6 800 communes, 36 départements et 8 régions en tout ou partie, et plus de 13 millions d’habitants.
 

Contacts presse :

Agence de l’eau Loire-Bretagne
Anaïs LAUB
Responsable de la délégation à l'information et à la communication
presse@presse.eau-loire-bretagne.fr

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